Dans une interview percutante, la magistrate Madame Siby, membre éminente de l’Office national de lutte contre la corruption du Sénégal, a lancé un appel pressant en faveur du renforcement de la protection transfrontalière des enfants exposés à l’exploitation économique et sexuelle en Afrique de l’Ouest. S’adressant à ses consœurs juges issues des quatre coins du monde, la juge Siby a mis en lumière la vulnérabilité croissante des enfants — en particulier des jeunes filles et garçons — face à l’instabilité régionale, à la pauvreté et à l’expansion des réseaux de traite.
S’exprimant avec conviction et une profonde inquiétude, la juge Siby a présenté trois domaines d’intervention clés :
Révision des cadres juridiques : Elle a souligné la nécessité de réexaminer les cadres normatifs existants aux niveaux international et africain, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979), la Convention relative aux droits de l’enfant (1989) et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Malgré la solidité de ces instruments juridiques, la juge Siby a constaté une hausse inquiétante des violations des droits des enfants à travers le continent.
Comprendre l’écart entre les normes et la réalité : Elle s’est interrogée sur les raisons pour lesquelles, en dépit d’un arsenal juridique conséquent, les violations à l’encontre des enfants atteignent des sommets historiques. Elle a désigné la pauvreté, l’ignorance et le silence institutionnel comme les principaux facteurs qui alimentent cette crise, appelant à un engagement communautaire renforcé, à des mécanismes de signalement efficaces et à une plus grande responsabilisation de l’ensemble des acteurs.
Renforcement de la protection transfrontalière : La juge Siby a exposé les itinéraires complexes de la traite impliquant des recruteurs, des passeurs et des exploiteurs opérant souvent en toute impunité à travers les frontières. Elle a critiqué l’incapacité des autorités frontalières à identifier les mouvements suspects d’enfants et a plaidé pour des réformes politiques immédiates, une formation spécialisée des enquêteurs, ainsi que la mise en place de structures d’accueil sûres, soutenues par du personnel qualifié.
La juge Siby a partagé des récits bouleversants tirés de son expérience à la tête de la protection sociale au Sénégal, notamment l’interception d’un homme et d’une femme voyageant avec une trentaine d’enfants négligés. Elle a décrit comment le système sénégalais de protection de l’enfance — renforcé par des travailleurs sociaux, des médecins, des psychologues et des ONG telles que Plan International — a pu offrir un abri sécurisé, des soins médicaux et, avec la coordination des ministères concernés et des Nations Unies, organiser le rapatriement des enfants.
En conclusion, la juge Siby a lancé un appel fort à ses consœurs : « Assurons-nous que, dans nos juridictions, la peur ne pèse pas sur les victimes, mais bien sur les auteurs. Brisons le silence et l’ignorance qui alimentent cette crise et protégeons la dignité de chaque enfant. »
Ses propos ont mis en lumière le rôle indispensable des femmes juges dans la réforme de la justice et la défense des droits humains, en particulier pour les populations les plus vulnérables. L’Association internationale des femmes juges (IAWJ) continue de faire entendre ces voix pour construire un monde plus juste et plus humain.